La Route, chose simple ou folie ?

Le 13 avril 1973

… Chaque jour des nouvelles, dans les journaux, montrent à qui veut l’oublier le climat de guerre et de douleur qui baigne les régions traversées par la Route. Inscrire une route de « non-violence » dans ce contexte, la poser comme un projet officiel ou tout au moins public, apparaît à certains comme une folie.

Mais pour quelle raison qualifier cette démarche de folie ?

S’il s’agit de son insertion dans un contexte de guerre, c’est pourtant exactement la question qui est posée à la « non-violence ».

Et quelle est la différence entre un contexte de guerre perçu à travers l’annonce de la Presse et un contexte de guerre VECU dans la réalité ?

LA ROUTE PREND TOUT SON SENS DANS L’APPRENTISSAGE, L’EXPERIENCE QUE LA VIE CONCRETE EST TOUJOURS TOUT AUTRE QUE CE QUE PEUT CONCEVOIR ET RESSENTIR CELUI QUI APPREND DES NOUVELLES PAR LA PRESSE et qui en conclut des lignes de pensée, de jugement et d’action que l’on conçoit de loin et que l’on voudrait voir projetées ensuite sur une réalité qui n’est, en fait, qu’intérieure à une imagination ou à une logique abstraite, selon les tempéraments…

Et finalement on peut se demander si cette réaction à l’égard de la route, ce qui fait obstacle à son appropriation par les uns et les autres n’est pas EXACTEMENT CELA MEME QUE LA ROUTE MET EN QUESTION, CELA MEME QUE LA ROUTE ESPERE DEGONFLER comme une baudruche, ou faire se briser (comme l’enfant Abraham le fit des idoles qui étaient dans le temple de son père, prêtre d’un temple d’idoles), cela même que nous sommes toujours prêts à recommencer sous une forme nouvelle, après en avoir dénoncé les méfaits décelés sous la forme précédente.

En d’autres termes on ne serait prêt à prendre la Route que si l’on pouvait avoir (« au préalable » et avant de l’avoir faite) des idées assez claires sur ce qu’elle doit être ! …et que partir sans avoir ces idées CLAIRES s’appellerait précisément une FOLIE ? OU UN ACTE DE FOI …

et qu’il n’y a pas d’intermédiaire entre ces deux attitudes extrêmes…

Pour mieux comprendre ce qu’est la démarche de la Route on peut dire qu’elle n’est :

  • ni une UTOPIE, c’est à dire une projection d’un avenir parfait, rêve de ce qui doit être, et comme telle créatrice, imaginative et un bref instant mobilisatrice … puis finalement neutralisée par les contraintes de la réalité.
  • ni une PRATIQUE pour nous situer dans le jeu des forces actuellement en conflit d’une façon originale, afin de mieux comprendre les rapports de force en présence et d’expérimenter une nouvelle stratégie, une tactique vécue de village en village pour provoquer les groupes rencontrés à une nouvelle évaluation de leurs attitudes, finalement pour accéder à un « POUVOIR ».
  • ni une IDEOLOGIE qui permettrait de « savoir » ce qu’il faut faire pour changer la situation actuelle et donc qui serait « opératoire », qui pourrait galvaniser les énergies en faisant déceler dans le présent ce qui est porteur du futur, ce qui permet l’espérance et justifie l’engagement.
  • ni même un moyen d’ANALYSE qui prendrait sournoisement prétexte de la « complexité du réel » pour barrer la route à des positions un peu trop simples sur le Moyen-Orient et sur ce qui est en jeu à Jérusalem.

La Route n’est rien de ce qui précède isolément mais pourra transporter en chacun de ceux ou de celles qui la feront un peu de tout cela, consciemment ou inconsciemment. Par exemple :

  • mon « utopie » projette un rapport nouveau entre christianisme, judaïsme et islam (mais aussi les autres attitudes religieuses) permettant non plus une division supplémentaire entre les hommes à cause de leurs appartenances religieuses mais au contraire une compréhension nouvelle de la famille humaine et du respect de Dieu dans Sa rencontre avec Sa créature d’homme ( et pour les chrétiens un approfondissement du mystère du Christ).
  • ma « pratique » est de me situer dans le conflit actuel des hommes entre eux de la façon la plus pauvre pour expérimenter comment cela leur permet de percevoir par eux-mêmes jusqu’à quel point leur »savoir » sur les « autres »est peut-être un besoin de se « gonfler » eux-mêmes ce qui conduirait à une réduction de l’ »idéologie » au profit du « silence », non pas une démission passive de l’intelligence, mais une attitude de l’intelligence qui précisément permettrait de pressentir comment des vies humaines peuvent retrouver leur liberté sans gros tapage ni puissantes idéologies…
  • et que pour que tout ceci ne soit pas finalement une fumisterie mon « analyse » doit bien mesurer comment tout ce qui pourrait être si simplement NE LE SERA PAS en raison des contraintes économiques, des pesanteurs humaines, des luttes de pouvoirs etc…etc…ces etc…étant bien réels !

Et c’est ici qu’intervient la FOI et son lien avec l’option pour la « NON-VIOLENCE ». La temps passé à nous RE-SITUER dans la vie en prenant au sérieux tout ce que change ce « TOI » que nous pouvons dire à Dieu permet de délivrer nos existences de leurs peurs, les introduit dans la Paix et libère ainsi nos capacités de décision. C’est dans cette Paix que peut être reçue la Route. Dans le Royaume de Dieu bien des appels se sont faits ainsi…

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